21e Congrès mondial du Conseil International d’Études Francophones

Cayenne, Guyane, 1-8 juillet 2007


Résumés des communications 

 

dimanche 1 juillet 2007

14h15-15h45

 

Session I.  Aspects de la littérature de Nicole Cage-Florentiny

Présidente :  Hanétha VÉTÉ-CONGOLO

 

« La musique des paroles : Aime comme Musique ou Mourir d'aimer de Nicole Cage-Florentiny » ,  Antoinette SOL

 

Traditionnellement une narration, comme une chanson, a un temps limite, une durée fixe déterminée par sa forme : un commencement, un développement, une fin. Même si le récit commence à rebours, ou in medias res, ou manque de clôture, la nature physique et tangible d'un récit ou d’une chanson exige une telle structure. Mais une narration, comme de la musique, comme une chanson, comme l'histoire, peut transcender sa forme et le temps par sa résonance dans le cœur. Une chanson ou un morceau de musique qui nous touche, nous parle, peut rester en tête, en cœur, sur le bout des lèvres, ou simplement nous habiter l'esprit et nous imprégner, nous impliquer dans sa création. Le roman de Nicole Cage-Florentiny, Aime comme Musique ou comme mourir d'aimer (2005), est une telle œuvre . Ce roman transcende les formalités et conventions du roman en puisant dans le répertoire des structures et techniques de la composition musicale, plus précisément du jazz. Tout en étant un récit, avec ses personnages avec leur histoire, ce texte est construit de telle façon qu'il joue sur deux plans : un plan traditionnel de roman mais aussi et surtout sur un plan plus ouvert, plus improvisé, où le lecteur et la lectrice peuvent s'insérer, peuvent faire la leur cette histoire d'amour et de musique. Cage-Florentiny, comme le fait mais d'une autre manière Daniel Maximin et Toni Morrison entre autres, joue de l'écriture, joue de la plume comme instrument pour créer une composition écrite musicale. Dans cette communication, on explorera l'art de la composition à l'improvisation sur un thème, le rôle que joue les sens (l'ouïe et la vue), le langage, le ton et les thématiques qui relèvent du domaine de l'art né de la zone de contact, le creuset des cultures des Amériques, le jazz.

 

« Lorsque les femmes : ‘actance’ de la parole criée dans D’eaux douces de Fabienne Kanor et C’est vole que je vole et L’Espagnole de Nicole Cage-Florentiny »,  Hanétha VÉTÉ-CONGOLO

Nicole Cage-Florentiny et Fabienne Kanor sont certainement en ce moment les écrivaines martiniquaises contemporaines les plus acerbes et défiantes de l’ordre littéraire établi par les hommes écrivains de leur pays d’origine. Elles osent proposer des thématiques mais surtout des perspectives d’ouvertures inédites notamment pour la gent féminine. Ainsi, la « Femme en dérive, à la tête farcie et au ventre creux » (D’eaux douces, 38) est-elle mise dans des situations personnelles et collectives extrêmes. Seulement, les écrivaines ne se contentent pas d’identifier et d’examiner la nature des entraves vécues par ces femmes. Elles proposent par l’intermédiaire de leurs discours très idéologiques et engagées des voies possibles d’assainissement et de développement pour la femme dans un premier temps et puis pour la société dans son ensemble. Ainsi, Frida dans D’eaux douces de Kanor et Malaika dans C’est vole que je vole et Elena dans L’Espagnole de Cage-Florentiny sont-elles les actrices de leur destin qu’elles prennent totalement en charge malgré une adversité inhumaine. Ainsi, est-ce là désigné de façon fictionnelle les éléments d’un projet collectif sain qui fait cruellement défaut.

 

Session II. Regards croisés : le peintre et l’écrivain 

Présidente :  Vina TIRVEN-GADUM

 

« Ecriture algérienne migrante : ‘L’entre-deux’ discursif chez Mouloud Feraoun », Samira SAYEH

 

Résultat manifeste de l’émigration et du contact, la littérature migrante comprend autant de déplacements de cultures et de paroles que de délocalisations des genres littéraires.Parce que dans les années 1950 la littérature maghrébine d’expression française fut largement dépendante de sa reconnaissance par le lecteur européen, elle fut contrainte dès ses débuts à adopter des genres occidentaux comme le roman. Mais très vite des textes fondateurs tels La Terre et le sang ou Jours de Kabylie de Mouloud Feraoun, par exemple, vont surprendre par la représentation et reconnaissance de tous ces « entre-deux » coutumiers, langagiers, émotionnels souvent inattendus.  Par cette étude il s’agit d’analyser la production littéraire de Mouloud Feraoun, un des pères fondateurs de la littérature algérienne, et de montrer comment sa littérature permet de redéfinir l’espace imaginaire que les discours dominants ont crées entre l’Algérie et la France.

 

« Mystification et scandales littéraires en France et en Europe : de Michel-Ange à Calixthe Beyala », Vina TIRVEN-GADUM

 

Le mot mystification apparaît pour la première fois en France en 1768 dans un conte de Diderot s’intitulant « Mystification ou Histoire des portraits ». On le trouve dans la locution « tour joué par une société de mystificateurs ». À partir du dix-neuvième siècle ce mot signifie entre autres « supercherie littéraire ». Depuis assez longtemps le mot mystification comporte un élément de fraude et de tromperie dans le monde des lettres et, effectivement, de nos jours, personne ne met plus en doute que le but essentiel du mystificateur est de tromper ou de duper les autres en abusant de leur crédulité.  Dans cet exposé je me propose donc d’aborder le sujet de la mystification littéraire en France et ailleurs, et cela, en regroupant les divers types de mystificateurs et en classant par catégorie plusieurs genres de mystification. Grâce à un survol historique composé de cas de supercheries et de mystifications célèbres, tirés surtout des corpus littéraires français, je m’attarderai sur les supercheries et mystifications littéraires les plus courantes (Prosper Mérimée, Romain Gary et Calixthe Beyala entre autres.) Ceci nous permettra de mieux comprendre l’impact de ces pratiques sur le champ littéraire et d’identifier et de différencier des concepts souvent confondus - par exemple pseudonymie, hétéronymie, cryptonymes, canular épistolaire, écrit apocryphe ou anonyme, plagiat, pastiches et œuvre s apocryphes entre autres.

 

 

16h30-18h00

 

Session I. Trouver la voie, sa voix– Ou se situe l'écriture féminine francophone aujourd'hui                   

Présidente: Sarah Davies CORDOVA

 

« La littérature de la ‘dé-migritude’ au féminin: portraits croisés », Désiré K.Wa KABWE-SEGATTI

 

Loin de la philosophie des pères fondateurs de la négritude, la « dé-migritude » est une démarche qui consiste à se «dé»-solidariser de ses propres confrères et consoeurs, qui, dans le contexte d’exil, se positionnent, par rapport à l’Afrique, en s’éloignant pour certains en se sentant foncièrement écrivains avant d’être africains, et d’autres qui s’y rapprochent en s’identifant à celle-ci d’abord et se sentant écrivains ensuite. Or pour les fervents de la « dé-migritude », le groupe auquel appartient les œuvre s examinées ici, la question de l’unicité de l’appartenance sentimentale à l’Afrique ou son contraire s’avère inappropriée dans le contexte de la mondialisation. Pour eux, seule la multiplicité des appartenances à l’Afrique pourrait sortir la littérature de la migritude de son ghetto. L’essentiel de cette nouvelle vision repose sur une démarche intellectuelle qui permet à la fois la prise en compte des bouleversements qu’apporte la globalisation à travers une « altérité partagée» voire «participative » qui devrait amener l’écrivain africain de la migritude, quel que soit son degré d’intégration dans sa société d’accueil, à prendre conscience de l’humus africain qui nourrit son écriture et sans lequel la réception même de son œuvre  serait sans lendemain, puisque dépourvue d’originalité.

 

« George Sand : les voix des femmes à travers la voie du théâtre », Maria TRAUB

 

Une femme indépendante qui vivait de son travail, George Sand était capable de sympathiser avec la condition des femmes nobles, bourgeoises, et paysannes.  Elle-même le produit d’un père aristocrate et d’une mère issue du peuple, elle connaissait très bien ces deux mondes.  Dans ses pièces de théâtre elle a trouvé une voie idéale de s’adresser au public à travers la voix de ses héroïnes. Nous allons examiner quatre pièces: (a) Gabriel, pièce révolutionnaire, dans laquelle une jeune femme est élevée, dès le berceau, comme un homme; (b) Claudie, pièce dans laquelle une paysanne avec son enfant (une mère sans mari) est abandonnée par son amant.  La jeune femme est réduite à gagner sa vie comme laboureur itinérante; (c) Le Marquis de Villemer, pièce dans laquelle une jeune femme de bonne famille doit travailler pour gagner sa vie; et (d) Cosima, pièce dans laquelle une jeune femme est maltraitée par son mari. Sand pouvait faire appel à ses propres expériences vécues pour illustrer son point de vue.  Elle cherchait à soulever l’intérêt du public dans le but d’améliorer la condition des femmes. Nous allons présenter des analyses brèves de ces héroïnes de théâtre et expliquer les pensées et théories de George Sand.

 

« Traduire: Fidélité ou Trahison? L’exemple de la Reine Pokou », Sarah Davies CORDOVA

 

Dans leur fiction récente, de nombreuses écrivaines francophones de l’Afrique sub-saharienne contemporaines réfléchissent à leur société à travers la thématique de la violence et de ses effets sur la jeunesse d’aujourd’hui, se situant ainsi dans et pour l’engagement de la littérature.   L’écrivaine franco-ivoirienne, Véronique Tadjo interroge à travers chacun de ses écrits le souvenir, et les résonances du passé dans le présent.  Selon elle, même si toute littérature est construction de l’imaginaire, elle affecte la réalité tumultueuse et sert encore comme moyen de critique sociale.  Par le biais d’une re-naissance, d’une co[n]-naissance que ce soit dans sa littérature pour la jeunesse, dans sa poésie, ou encore dans ses romans et essais, Tadjo ramène le passé dans le présent pour souligner les résonances à écouter pour mieux appréhender l’entente.  En cernant l’impact des interprètes sur l’histoire elle-même et de celle-ci sur ses lecteurs et lectrices, Tadjo examine dans Reine Pokou: Concerto pour un sacrifice la légende de cette reine qui glorifie dorénavant le sacrifice d’un enfant innocent par sa propre mère.  Elle y réveille une vieille dispute au coeur du passage d’une voix à l’autre, en soumettant l’historicité de cette légende à la querelle de la trahison traductrice et de la fidélité translative.

 

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lundi 2 juillet 2007

9h00-10h30

 

Session I.  Écrivaines francophones : résistances et rencontres

Présidente :  Christine DUFF

 

« La traversée de ‘la ligne de démarcation’: espaces féminins de résistance dans L'Excisée et Blessures des mots d’Evelyne Accad », Medha Nirody KARMARKAR

 

Dans son roman Blessures des mots,  Evelyne Accad, écrivaine libanaise, poète et musicienne, juxtapose deux récits d’héroisme « féminin » pendant la guerre civile au Liban. L’un valorisé par les hommes du Liban est celui d’une jeune femme Sana qui se fait éclater devant un char israélien, et l’autre, passé sous silence mais célébré par un certain nombre de femmes de Beyrouth, est celui d’Imane, jeune Shiite qui a inspiré la marche pour la paix à Beyrouth en 1992. Hayate, la protagoniste de Blessures dont le prénom signifie « vie » en arabe, questionne la rhétorique de la guerre et le rôle de la femme dans cette violence. Dans L’Excisée, la protagoniste E (l’« exilée », l’« excisée », Eve ou toute femme mutilée physiquement et symboliquement) va sauver la petite fille Nour de sa destinée d’ « excisée » dans la société patriarcale égyptienne. Nour devient « la petite fille d’espoir » qui symbolisera « une généalogie textuelle alternative » (comme décrite par Sidonie Smith). Pour ces femmes il s’agit de naviguer à travers le pays ravagé par la guerre, de traverser la « ligne de démarcation », de résister aussi bien à la violence de l’extérieur qu’à celle de l’espace intime du corps féminin. Dans ces deux romans, Accad passe des descriptions en prose de la guerre à celles en poésie, et aux chants féminins d’espoir. Cette traversée d’un genre à l’autre figure l’acte de traverser « la ligne de démarcation » pendant la guerre. Dans cette communication, nous examinerons le lien qu’Accad établit entre la sexualité et la guerre et nous considérerons le rôle du féminisme dans les luttes nationalistes.

 

« Médecins et médecines dans le roman francophone maghrébin et subsaharien: Bâ, Bey, Mokeddem »,  Françoise WATTS

 

La littérature féminine francophone maghrébine et subsaharienne donne au thème de la médecine une place de choix. Les œuvre s de Mariama Bâ (Sénégal), Maissa Bey et Malika Mokeddem (Algérie) témoignent de la riche symbolique accordée à ce thème. Médecins et patientes deviennent des protagonistes de romans privilégiés dénonçant le grand mal perpétré par des sociétés patriarcales où le concept de genre masculin/féminin définit et contrôle tout individu. Des médecins porteurs d'un pouvoir salvateur, rappelant le Dr Rieux de La Peste de Camus, s'élèvent héroiquement pour soigner et tenter de guérir. Dans l'Algérie intégriste des années 90, ils sont parfois assassinés, sacrifiés à une noble cause, ou plus heureux dans leur mission (Mokeddem). Rendre compte de la « mal vie », de la déraison, est un thème récurrent qui a valeur de témoignage. Femmes au bord de la crise de nerfs, femmes aux corps mutilés, femmes écorchées, emmurées, femmes vouées au silence, hantent cette littérature d'une manière bouleversante. Les cris que ces femmes lancent pour dénoncer les sévices de sociétés patriarcales font écho à celui que les Européennes ont lancé à leur manière.  Les Africaines l'amplifient donnant à la déchirure une note lyrique, comme si la souffrance ouvrait chez ces écrivaines une vanne créatrice où l'écriture explose dans une jouissance libératrice. Les médecines douces que ces femmes pratiquent les aident à libérer leur corps et ainsi à le soigner: la danse où le corps exulte, la fréquentation de l'univers sensuel, libérateur des terrasses et des hammams,  l'interdiction de la pratique de l'unicité des cultures au profit de la riche gémellité des corps et des cultures, un regard tolérant sur l'Autre, l'étranger, la pratique de l'amitié dans le gynécée, enfin l'écriture pour pallier à la déraison (Bey,Bâ). 

 

« Personnage en quête d’identité : voix féminine », Sidika Seza YILANCIOGLU

 

L’esthétique littéraire du XXème siècle prend de l’ampleur notamment entre deux courants  : « le surréalisme » et « le postmodernisme ». Ces deux tendances annoncent les principes du Sujet sur les controverses antérieures  et actuelles et permettent de percevoir l’amplitude et la dynamique engagée par l’altérité.  Cependant le surréalisme ouvre la voie à une esthétique de la déviance, de la recherche de l’autre et de l’ailleurs par son instabilité et sa fécondité.  Comme l’écrit Julia Kristeva, le corps est l’un des thèmes les plus importants autour duquel se réunissent les écrivaines contemporaines. Selon Hélène Cixous, les caractéristiques du corps féminin leur sont un sujet de prédilection et leur font apprivoiser leur liberté. Les écrivains défendant les valeurs des femmes, protestent contre l’assimilation du corps féminin à un objet. Cette étude consacrée aux valeurs féminines est développée autour de l’œuvre  de  Nina Bouraoui, titulaire du Prix  Renaudot en 2005. Elle est l’une des écrivaines les plus connues de la littérature francophone d’origine algérienne. L’identité culturelle et l’identité corporelle –l’axe principal- sont discutées dans l’ensemble de son œuvre . Ces deux identités sont interrogées par les notions conjointes : de l’ « ailleurs »  et de l’ « altérité » (à travers les réseaux de correspondances et de ressources) entre l’écriture au féminin et l’écriture de l’autre.

 

« Voix médiatisées:  la figure de la médiatrice dans Le livre d'Emma par Marie-Célie Agnant et Juletane par Myriam Warner-Vieyra »,  Christine DUFF

Presque vingt ans séparent la publication de Juletane par la Guadeloupéenne Myriam Warner-Vieyra et celle de Le livre d'Emma par la Canadienne d'origine haïtienne Marie-Célie Agnant.  Pourtant, les deux romans ont en commun une figure qui joue un rôle fondamental dans la narration:  la médiatrice.  Dans chacun des deux textes, une médiatrice interprète la parole d'une voix féminine qui lutte pour se faire entendre.  Loin de jouer un rôle secondaire à celui des personnages nommés dans les titres, les médiatrices tiennent les clés non seulement de la transmission de cette parole féminine, mais de l'existence même de leurs récits respectifs.  Sans cette figure de médiatrice, tour à tour auditrice-interprète-scribe et lectrice, les récits d'Emma et de Juletane, deux femmes dont l'Histoire ne reconnaît même pas l'existence pour des raisons de couleur, de sexe et d'état mental précaire, seraient voués au silence et à l'oubli.  Plutôt que de supposer une influence quelconque, cette communication vise à faire entrer en dialogue ces deux romans afin de dégager les implications de la présence et de la fonction du personnage médiatisant.  Nous pourrons par la suite poser les premiers jalons d'une étude de la figure de la médiatrice dans la littérature caribéenne contemporaine.

 

Session II. Pratiques linguistiques et littéraires: Stratégies d'écriture

Présidente: Lélia YOUNG

 

« Le français, une langue bien vivante : heurs et malheurs de la suffixation -eur/-euse », Edwige KHAZNADAR

Dans le domaine de la dénomination humaine, la suffixation des noms d’agents dérivés de verbes comme danseur/danseuse est particulièrement intéressante à étudier. On en verra pour la partie historique les origines latines, les fluctuations de l’ancien français, le sursaut du masculin au XVIIe siècle fixant l’évolution jusqu’à nos jours. Puis on observera de manière générale les évolutions concernant cette suffixation,  introduites par les mouvements dits de féminisation du lexique de la fin du XXe siècle, par une comparaison des pratiques et recommandations des pays francophones occidentaux : chercheur/chercheuse ou chercheure ? On s’interrogera alors sur l’éventuel sentiment de péjoration ou mélioration  de ces formes féminines.  Enfin on examinera les résultats d’une enquête d’opinion en France sur l’alternance possible de « défenseur ». Ces observations permettent de mettre en question une prétendue infériorité féminine linguistique, reflet de l’infériorité féminine sociale qui n’est toujours pas entièrement effacée y compris dans les pays occidentaux.

 

« Progression narrative et stratégie d’écriture dans « Il était parti dans la nuit » de Youssef Amghar », Lélia YOUNG

 

Youssef Amghar est un jeune écrivain marocain originaire de Rabat et imprégné par les œuvre s d'auteurs issues de la période du protectorat français, comme par exemple, Le Chapelet d'ambre (1949) et La Boîte aux merveilles (1954) d'Ahmed Sefroui, et Le Passé simple de Driss Chraïbi (1954). Avec son récit, intitulé Il était parti dans la nuit, Youssef Amghar rejoint la vague post-coloniale d'après 1956. Dans l'œuvre  qui fait l'objet de notre analyse, Youssef Amghar adopte une stratégie d'écriture par volets pour traduire le drame bien actuel des clandestins Nord-Africains issus du Maroc. Dans ce  travail, je montre comme l'auteur utilise la cohésion sémantique pour faire progresser la narration d'une écriture dont l'objectif est de témoigner, tout en exprimant et développant certains thèmes cruciaux qui affectent l'homme maghrébin.

 

Session III. Le Clézio et la fin des utopies

Président : Bruno THIBAULT

 

« Rêve et utopie dans Ourania de Le Clézio », Thierry LÉGER

 

Dans son dernier roman, Ourania, l'auteur nous fait le portrait de deux communautés qui tentent une expérience de vie autre dans la vallée mexicaine de Colima.  D' une part l'Emporio, fondé par Don Thomas Moises, est un atelier de recherches et d' enseignement supérieur dédié aux sciences humaines et au folklore amerindien; d'autre part Campos est un petit village habité par une communauté de hippies rassemblés autour de la figure charismatique d' Anthony Martin.  En nous référant successivement aux utopies de Thomas More, Rabelais et Chateaubriand, nous tenterons de préciser la spécificité de la vision utopique de Le Clézio.  Puis en étayant nos analyses sur les travaux de Barberis, Deleuze et Derrida nous montrerons comment et pourquoi Le Clézio nous propose ici des utopies postmodernes ou plutôt des « anti-utopies » qui associent et revendiquent le droit au rêve tout en questionnant les limites mêmes de la notion d' utopie.

 

« L'Utopie d'Ourania: le dilemme leclézien du rêve et de la réalité »,  Claude CAVALLERO

 

La critique s'est beaucoup intéressée au substrat mythique qui imprègne les romans de Le Clézio à partir des années 80 (mythes de l'émergence, du retour à l'origine, de la regénérescence, de l'harmonie céleste du monde). Trop souvent associée à un exotisme de circonstance, cette mythographie a parfois occulté l'arrière-plan tragique des récits en les délestant d'une façon faussement contradictoire de toute spéculation utopique.  Le roman Ourania, publié en 2006, lève clairement le voile sur ce thème par la mise en scène de deux communautés fictives, Campos et l'Emporio, dont l'ancrage historique dans le Mexique moderne ne fait cependant aucun mystere.  Par delà cet aspect référentiel explicite, nous discuterons l'étroite parenté de la communauté de Campos avec la fameuse utopie de More pour montrer que c'est à travers ce lien intertextuel (lequel unit déjà au niveau onomastique Hytholodée et Zacharie par le biais de leur prénom) que la charge polémique de l'écrivain à l'égard du malaise occidental puise toute sa force.

 

 

10h45-12h15

Session I. Trans-nationalismes
Président : Thierry LÉGER

 

« Dans quelle mesure la littérature québécoise est-elle caribéenne ou  bien latino-américaine? »,  Peter KLAUS

 

Le titre de cette communication pourrait surprendre à première vue lorsqu’on pense aux « quelques arpents de neige » que représente le Canada pour Voltaire. Mais l’évolution de la littérature du Canada tout entier et surtout du Québec depuis 1980 environ nous montre que l’arrivée des voix venues d’ailleurs, soit d’Haïti, soit du Chili et du Brésil, soit du Mexique ou d’Uruguay est devenue l’ image de marque d’une nouvelle polyphonie créatrice, du moins en littérature. Fuyant dictatures ou guerres civiles, de nombreux Haïtiens et autres Latino-Américains ont trouvé refuge au Canada, et là surtout dans les métropoles. Grâce aux œuvres d’un Émile Ollivier (Haïti), d’un Dany Laferrière (Haïti), d’un Gérard Étienne (Haïti), d’une Marilù Mallet (Chili) ou d’un Sergio Kokis (Brésil), le Québec et sa littérature sont traversés par des courants qui sapent d’abord une certaine tranquillité, une certaine homogénéité et s’attaquent à ce syndrome de l’enfermement et d’un certaine rétrécissement provincial si caractéristique pour le Québec. Ces écrivains, qui se considèrent en partie comme des agents culturels de la subversion contribuent également à saper les fondements du national de l’intérieur et à ouvrir l’imaginaire à d’autres horizons, à d’autres mondes. Montréal devient un carrefour de courants littéraires, devient un centre important de la littérature haïtienne de la diaspora (« du dehors »), pour ne donner que cet exemple. On pourrait dire aussi que grâce aux immigré(e)s et leurs œuvres, le Canada et surtout le Québec se sont rapprochés mentalement et par l’imaginaire des contrées du Sud. Du moins au Québec et dans sa littérature, l’ouverture vers le monde, vers l’Autre est due à ces influences.

 

« Des effets de migration en littérature »,  Danielle DUMONTET

Les contacts en littérature se font de plus en plus nombreux aujourd'hui. La littérature ne s'écrit plus à un seul endroit, de même qu'elle ne s'inscrit plus dans un seul champ littéraire, mais nous pouvons dire que de plus en plus la littérature a tendance à se faire nomade. La littérature migrante au Québec a fait couler beaucoup d'encre et a exigé du champ littéraire québécois qu'il se transforme nolens volens. Aujourd'hui, nous pourrions nous demander si cette phase de la littérature migrante n'est pas déjà dépassée et si elle ne renvoit pas à un autre phénomène, celui d'un nomadisme en littérature.

 

« Littératures panaméricaines : Au carrefour des théories et des pratiques »,  Maureen WATERS-O'NEILL

« Nous habitons l’Amérique, et nous n’avons pas la moindre idée de l’Amérique. » --Arthur Buies

Cent trente ans plus tard, la pertinence contemporaine de cette citation de l’auteur canadien Arthur Buies se révèle à travers les nombreux articles, livres et conférences qui traitent le sujet de l’américanité depuis une vingtaine d’années au Québec. Ce sujet, sous le nom d’americanidad, est aussi source de polémiques dans plusieurs pays d’Amérique latine. Ceux qui se réclament d’une identité américaine, mais qui se distinguent fortement des États-Uniens, entretiennent une certaine méfiance à l’égard de ces derniers qui semblent monopoliser le terme américain, car l’identité américaine renvoie à tous les habitants des Amériques. Nous sommes Américains, disent les Canadiens, les Mexicains, les Brésiliens et les autres, mais nous ne sommes pas des Américains, et nous n’espérons pas devenir comme eux. Autour de tous ces débats littéraire, linguistique, philosophique, politique et même économique, se situe le concept vertigineux d’une ou des identités panaméricaines. Au-delà du creuset états-unien dans lequel toutes les particularités se fondent, et de la mosaïque canadienne qui risque de se disloquer, il existe d'autres manières de symboliser une identité américaine — américaine dans le sens « des Amériques ». À l’aide des récits écrits dans des langues et par des auteurs divers de l’Amérique du Nord et du Sud (québécois, américains, antillais, argentins et brésiliens) nous soulignerons les expériences communes qui pointent à une « panaméricanité » littéraire. En champs de comparaison, nous évoquerons les présents débats sur la notion émergente d’une « européanité » afin de démontrer la variété des relations dynamiques qui relient les individus au-delà des frontières nationales. 

 

Session II. Écritures maghrébines  

Présidente : R. Matilde MÉSAVAGE

 

« Le symbolique du sacrifice de l'encens à l'île de Djerba »,  Zakia ROBANA

 

L'objet de cette communication consiste à démontrer pourquoi le sacrifice de l'encens domine toutes les manifestations  chez la femme djerbienne dès la naissance jusqu'à la mort dès l'antiquité jusqu'à nos jours. Telle permanence nous fait entrer dans le temps, l'espace et les  types de l'encens utilisés. Nous examinons  en premier lieu  le sacrifice de l'encens dans ses différents aspects :  mythiques, historiques et surtout sociaux et culturels. Nous montrons comment le sacrifice de l'encens constitue un acteur symboliquement essentiel qui annonce et marque l'ouverture de toutes les manifestations à Djerba: les naissances, les célébrations,  les rites de passage, les fêtes religieuses, les mariages, les circoncisions, la fête de l'Aiid, de la Ziara, les funérailles et d'autres manifestations culturelles, pratiquées par toutes les communautés (juives, musulmanes et berbères) de l'île de Djerba.

 

« ’Urûbbâ ou ‘urûba?  L’archéologie littéraire dans la poésie de Zaghloul Morsy », Richard SERRANO

 

Dans son essai « Una letteratura senza avvenire: le palimpseste maghrébin », paru en 1976, le poète et romancier marocain Zaghloul Morsy propose que les Maghrébins se fassent « maîtres fossoyeurs ». Selon Morsy, l’écrivain maghrébin doit explorer l’ « arabité axiale » de son histoire sans abandonner ce qu’il a assimilé d’autres cultures.  Il ne faut pas un passéisme simpliste orienté autour d’une distinction fausse entre l’arabité (‘urûba) et ce qui est considéré occidentalisé (mustaghrib) avec ses origines en Europe (’Urûbbâ).  Dans cette communication, j’explore l’évolution de l’imaginaire de ce poète qui se manifeste dans ses trois recueils, D’un soleil réticent (1969), Gués du temps (1985), et La Pente les crépuscules (2005).  Trente ans plus tard, est-il évident que le Maghreb est toujours palimpseste et que sa littérature ne reste sans avenir?  Zaghloul Morsy, a-t-il suivi les conseils qu’il avait donnés il y a déjà trente ans?  A-t-il achevé la sorte d’archéologie littéraire, historique et même politique annoncée dans son essai?

 

« Exode, retour et illusions perdues dans Les Chemins de traverses de Mohammed El Hassani », R. Matilde MÉSAVAGE

 

À partir des années 50, la création maghrébine d'expression française se détachent d'une description de la vie sous le colonialisme, pour se tourner vers les injustices sociales perpétuées par les détenteurs du pouvoir. Professeur universitaire de droit, romancier et membre fondateur de l'Union Constitutionnelle, Mohamed Ali El Hassani ajoute sa voix au tollé général contre la misère des marginalisés. Dans Les Chemins de traverses, El Hassani démontre comment la société, par étapes, finit par broyer ceux qui auraient pu la sauver de la décomposition. Ce roman d'apprentissage décrit la ville comme le lieu par excellence des masques et de la déchéance. Nous proposons d'étudier cet espace, jonché d'ennemis invisibles et d'images thériomorphes qui structurent l'œuvre .

 

Session III. Identités antillaises

Présidente : Renée LARRIER

 

« Eaux et esthétiques polluées: Vers une lecture écocritique des littératures antillo-guyanaises », Richard WATTS

 

Cette communication mettra en relief l’évolution dans le demi-siècle précédant de la signification de l’eau dans les littératures francophones antillo-guyanaises et de sa relation aux formes d’expression que prennent ces littératures. En particulier, la communication tâchera de nuancer les lectures inspirées par la théorie postcoloniale d’auteurs tels que Patrick Chamoiseau (Martinique), Maryse Condé (Guadeloupe), Jacques Roumain (Haïti), et Elie Stéphenson (Guyane) par l’apport d’une approche écocritique. Cela se fera par le biais de la représentation de la relation humaine à l’eau. Si présent dans ces littératures, cet aspect a été lu jusqu’ici de manière relativement statique (e.g., les analyses largement psychologisantes, quel que soit le chronotope, dans le volume L’eau : source d'une écriture dans les littératures féminines francophones). Nous proposons de montrer comment la symbolique de l’eau change avec le statut de l’eau, qui est, à travers la deuxième moitié du vingtième siècle, de plus en plus touchée par des problèmes d’accès pour les habitants des Antilles et de Guyane. De plus, et sur cela que nous insisterons, le passage d’une symbolique de l’eau qui souligne la transparence et la pureté vers une symbolique de l’eau polluée, expropriée, et commodifiée semble coïncider avec le mouvement d’un certain réalisme littéraire vers « l’opacité » narrative d’Edouard Glissant. Nous finirons en défendant l’hypothèse qu’un élément mal intégré dans la compréhension des esthétiques postcoloniale et postmoderne serait, en fait, la dégradation écologique, qui, elle aussi, contribuerait à l’absence de repères stables qui caractérise l’ère contemporain et ces récits.

 

« Identités bruyantes dans Solibo Magnifique de Patrick Chamoiseau »,  Julie HUNTINGTON

 

Dans Solibo Magnifique, Patrick Chamoiseau explore des questions d’identité compliquées par une enquête carnivalesque de la mort mystérieuse d’un conteur énigmatique. Révélant les pensées et les expériences d’un ensemble de personnages qui cherchent à reconstituer les circonstances de la mort du conteur et à rassembler les souvenirs de sa vie, Chamoiseau tisse une série disjointe de contes, chansons, sensations et sonorités qui plongent ses lecteurs dans un univers d’incertitude.  Par conséquent, afin de s’orienter dans le texte résonnant de Chamoiseau, les lecteurs doivent rassembler les fragments sonores et sensoriels que l’écrivain leur offre, ce qui les implique dans le double processus d’interroger et de configurer l(es) identité(s).  À cet égard, ils sont appelés à affronter l’interface problématique des langues, des cultures et des identités—particulièrement par rapport aux questions d’identité martiniquaise, antillaise, créolophone et/ou francophone—et à négocier des configurations d’identité par multiples perspectives et paradigmes identitaires.  En considérant les questions d’identité que Solibo Magnifique pose, il est particulièrement important d’explorer l’univers sonore que Chamoiseau transcrit. Grâce à l’analyse de sa représentation des bruits, des voix et de la musique dans le roman, on s’ouvre à un champ de possibilités identitaires qui reflète l’esprit de l’Antillanité d’Édouard Glissant.  De cette manière, Chamoiseau invite ses lecteurs à se perdre dans le domaine bruyant de Solibo Magnifique, mais aussi à aborder des questions d’identité linguistiques, socioculturelles, géographiques et politiques d’une manière qui les interpelle à franchir les limites des paramètres des normes culturels et des conventions esthétiques.

 

« Le théâtre de soi dans la langue de l’autre : aliénation ou transgression ? », Valérie GOMA

Le théâtre d'Aimé Césaire est constitué à ce jour d'un répertoire de quatre pièces qui tissent ensemble une dramaturgie originale, incomparable dans le paysage littéraire créole, franco-français ou francophone. Les trois dernières pièces forment un triptyque, avec le drame des nègres en Haïti (La Tragédie du Roi Christophe), le contexte africain des indépendances (Une Saison au Congo), et les nègres américains (Une Tempête – adaptation de Shakespeare). Ce théâtre se singularise d'abord par la langue poétique, extrêmement recherchée de Césaire, mais aussi par sa représentation de héros noirs, figures vouées pour la plupart à de tragiques destinées. La toile de fond d'une Afrique originelle se déroule enfin, en pointillés, tout au long de l'œuvre .

 

« Partir pour Par[ad]is ? Réflexions sur la citoyenneté inachevée », Renée LARRIER

 

Le soixantième anniversaire de la départementalisation en 2006 donne aux chercheurs l’opportunité de réfléchir sur le statut des anciennes colonies et les changements effectués en 1946. Selon Dany Bébel-Gisler la départmentalisation « a peu altéré le système colonial ». Dans cette communication, je propose d’examiner la manière dont Gisèle Pineau représente le nouvel ordre dans L’Exil selon Julia, plus précisement la manière dont la métropole accueille ses immigrés caribéens. Bien que les Martiniquais, les Guadeloupéens, les Guyanais, et les Réunionnais soient considérés citoyens à part entière, les discriminations persistent.

 

 

14h15-15h45

 

Session I. Poésies francophones

Présidente : Nadia HARRIS

 

« Sociabilité féminine et dynamique sociale. Annette Mbaye d’Erneville (1926- ): Poétesse officiante et précurseur »,  Ibrahima WADE

La participation féminine aux activités littéraires en Afrique constitue une manifestation de l´existence d´un espace social où l´initiative des femmes a pu naître. Car aussi conservatrices et strictes que furent les normes de ces sociétés africaines, leur enfermement ne fut jamais absolu. On a surtout besoin de chercher des états relevant de la thérapeutique psychosociale pour rencontrer la complémentarité entre sociabilité féminine et dynamique sociale. Parmi les écrivains féminins nous relevons le travail précurseur de la Sénégalaise Annette Mbaye d’Erneville. Il est en effet intéressant d´illustrer l´activisme féminin de cette partie du monde à travers les œuvres de cette dernière, surtout parce que la composition de ses travaux littéraires transcende la catégorisation sociale établie pendant l’époque coloniale. Mme d’Erneville assigne à son œuvre une « identité nationale » voire nationaliste et encapsule son inspiration dans « l’humus » traditionnelle. La « Parole » de d’Erneville revêt une signification qui s´ancre dans ce qui constitue et définit la femme africaine. Dans son œuvre l’auteur s´assigna la tache gigantesque d’opérer un mouvement de libération appuyé sur la revalorisation des valeurs des civilisations noires et de là, sur le rôle central et incontournable de la femme dans les structures socioculturelles et politiques des nouvelles « nations » africaines. Aussi, il n’importa point à Mme d’Erneville que son chant poétique éclata en alexandrins ou en vers libres pourvu que sa voix retentît au-delà de son confinement. Il fallait user de la forme pour servir le fond ! 

« Gérard Étienne : Au bord de la falaise. Rythme envoûtant et souffle poétique », Aurelia ROMAN

E. Cioran nous rappelait qu'il y un rapport entre le rythme physiologique et la manière d'un écrivain, entre l' univers de l'œuvre et son style. Dans le monde brisé d'Anna, la jeune femme noire, l'héroïne du roman de Gérard Etienne, les phrases se brisent, elles aussi, sous le lourd poids de la souffrance et de la révolte. Exploit sans précédent: l'auteur a écrit tout son roman sans employer une seule conjonction! Il en résulte une prose poétique d'une force et d'une richesse incomparables au rythme saccadé, convulsé, heurté, rythme de « blues », de  musique populaire issue du jazz et du gospel. Une prose entièrement anti-proustienne dont la syntaxe obéit non pas à « la rigueur de la forme » mais à celle « de la matière » qui fait surgir la poésie, vraie, directe, envoûtante. Comment le lecteur est-il entrainé dans cette magie de l'écriture à bout de souffle? Par quel moyens l'aphasie de l'héroïne ne la conduit-elle pas à l'effondrement mais à l'invraisemblable victoire? Voilà les questions auxquelles ma communication va essayer de répondre tout en nous offrant l'occasion de renouveler notre appréciation pour un art qui ne cesse de nous surprendre et de nous inspirer, l'art de Gérard Étienne.

« Andrée Chedid: Poétique de la migrance »,  Nadia HARRIS

« On dit d’une chose qui est qu’elle a lieu », nous rappelle Pierre Ouellet dans son essai « L’esprit migrateur », montrant ainsi que la langue suggère la corrélation entre localisation et identité. Cette corrélation est entérinée à plusieurs reprises dans l’œuvre d’Andrée Chedid où les questions « qui sommes-nous? » et « où sommes-nous? » se relaient interchangeablement dans le questionnement ontologique que l’écrivaine poursuit dans sa fiction et sa poésie. Pour elle en effet, l’identité ne se conçoit jamais de façon essentialiste. Elle est toujours en train de se faire et se défaire dans un mouvement sans terme et sans « épilogue » au moyen duquel l’individu s’« enfante » en s’« enjamb[ant] » (Poèmes pour un texte 26, 63). Le premier roman de l’écrivaine se clôt sur le départ d’une jeune adolescente qui fuit son village natal pour accomplir sa vocation d’artiste. Elle prend ainsi la tête d’une longue série de personnages migrants – flâneuses, anachorètes, exilés, itinérants. Je me propose de retracer la topographie imaginaire esquissée par la migrance de ces personnages afin d’analyser les processus d’identification qui se déroulent dans les lieux qui la composent: déserts, espace tellurique, fleuves, ponts, villes, et, à l’intérieur de celles-ci, les places publiques, points de rencontre, d’échange, lieux d’urbanité par excellence. En montrant que dans l’univers chedidien, tous ces espaces, y compris le désert, tirent leur sens des échanges auxquels ils donnent lieu entre soi et l’autre, je mettrai au jour la dimension éthique d’une œuvre qui à travers paroles et images construit sans relâche ces « territoires du souffle » dans lesquels notre notion de l’humain peut continuer d'évoluer.

 

Session II.  Esthétique, littérature et créations artistiques dans la Caraïbe francophone

Présidente : Monique BLERALD

 

« Nouveau monde, nouvelles cultures. Peut-on marronner la culture hégémonique ? », Rosa de GENOUD

Au sens ethnologique et sociologique, la culture est ce tout complexe qui inclut les connaissances, les croyances religieuses, l’art, la morale, les coutumes, la manière de penser, de boire, de manger, de sentir, d’agir d’un peuple. C’est particulièrement ces aspects culturels, trop souvent minorés, que nous allons privilégier dans cette communication. Existe-t-il un patron culturel partagé au bassin des Caraïbes ? Ces paradigmes culturels changent-ils dans la même région selon les avatars de la colonisation subie? S’agit-il d’une culture homogène insulaire qui se répète d’une île à une autre ? Qu’arrive-t-il aux rebords continentaux ? La région Caraïbe constitue-t-elle un pont ou une barrière entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud ? Ces cultures échappent-elles à la mondialisation, destructrice de toute dissemblance ? Juger selon ses propres modèles culturels, c’est toujours faire preuve d’ethnocentrisme. L’étranger existe. La diversité culturelle semble destinée à augmenter. L’actuel conflit du Moyen Orient le confirme pathétiquement. L’opposition binaire culture populaire / culture « élaborée » (attribut de la classe dominante) revêt le caractère de culture « officielle », créatrice des stéréotypes tenaces qui sont passés dans l’art, la publicité, le cinéma, la littérature. En nous servant d’un corpus des contes, des légendes et des textes littéraires, nous essaierons de dévoiler la dynamique de la culture populaire et de mettre en relief ses modes de résistance, « les détours » (au sens glissantin de l’expression) que la culture subalterne se crée pour sa survie et sa renaissance face à la culture hégémonique.

 

 « Rythme et esthétique dans Cantique des tourterelles d’Ernest Pépin », Marielle LEDY

Cantique des tourterelles. Que cache ce titre ? Quel sens revêt-il sous la plume de l’écrivain guadeloupéen, Ernest Pépin ? Placé sous le signe de l’art mais aussi de la féminité, le roman Cantique des tourterelles est une exaltation musicale mais aussi une méditation douloureuse sur la société antillaise et la condition féminine. Quête artistique et quête identitaire sont liées. La biguine et le blues font écho à des interrogations d’ordre racial, culturel et également sexuel…

« Le critère esthétique mis à l’épreuve pour la définition de la littérature orale créole », André-Marie DESPRINGRE

Ce qu’on appelle « oraliture » chez les créoles des Antilles et de la Guyane semble se définir uniquement comme une littérature fondée sur la nature orale de sa transmission. Or, s’il est vrai que, comme en Afrique, celle-ci demeure encore, au XXIe siècle, en prise directe avec la réalité vécue, peut-on encore la définir simplement par son caractère « oral » ? Les faits divers, certes, alimentent les récits. Contés : ils sont alors exprimés en mêlant des chants et toute une gestuelle physiquement connotée. Chantés : ils s’associent aux danses et, très fréquemment encore, cette expression est une joute oratoire où se mêlent fondamentalement un texte et une mélodie. Les sources de cet ensemble d’éléments (musique, texte, geste…) sont entrelacées voire métissées, - syncrétiques-, sans être pour autant encore bien distinctement référencées aux trois mondes originels : africain, européen et amérindien. Les histoires qui sont ainsi proférées le sont alternativement par des conteurs ou chanteurs, hommes ou femmes, à très forte personnalité. Mais les créations recueillies sont-elles des re-créations  traditionnelles ou des inventions ex-nihilo ? Révèlent-elles une esthétique individuelle, celle qui impose sa marque, ou sont-elles étroitement dépendantes de la culture qui leur est co-extensive ? La méthode comparative et l’approche du symbolique (au sens du sémiologue Jean Molino) qui se référent à Louis Hyelmslev et à Georges Molinié seront pour cette analyse sémiostylistique des aides précieuses pour engager des recherches sur la stylistique de cette véritable littérature, propres à mieux identifier les genres et le sens de ce qu’exprime la culture créole.

 

« L’Ambivalence du beau dans la littérature guyanaise », Monique BLÉRALD

Reproduire le réel ou s’en  écarter, lui donner un sens, l'embellir… telles sont certaines questions auxquelles se confronte  l’écrivain. L’art est un choix  par rapport au réel et, les œuvre s littéraires guyanaises n’y échappent  pas. Une production riche comprenant des  auteurs guyanais (natif-natal) mais aussi des auteurs non–guyanais (chroniqueurs, voyageurs, aventuriers d’hier et d’aujourd’hui…) et où chacun entretient un rapport esthétique et  artistique, particulier, avec son environnement : la  nature, les hommes, les traditions… Emotion, quête spirituelle, quête identitaire, quête historique… Chaque œuvre littéraire guyanaise constitue bien «un coin de la création vu à travers un tempérament.»  

 

 

Session III. Les nouvelles technologies de l’information : modernité et tradition

Présidente : Nicole VAGET

 

« Une approche actionnelle pour découvrir et étudier les cultures créoles par le biais des technologies », Christiane DUMONT

 

L’approche actionnelle, quoique discutable à certains égards, peut constituer un outil efficace d’apprentissage moderne du FLE. Il s’agit même d’un atout remarquable lorsqu’on tente d’aborder des cultures francophones moins connues. En effet, cette approche permet l’élaboration de tâches et projets motivants, centrés sur l’apprenant et effectués en collaboration avec de réels interlocuteurs francophones autrement inaccessibles. Cette intervention propose donc d’examiner les possibilités qu’offre l’approche actionnelle lorsqu’on l’utilise en conjonction avec certains outils technologiques. L’expérience menée au sein d’un cours de FLE sur les cultures du monde créole francophone servira de base de réflexion. En effet, les étudiants de ce cours ne suivent pas un parcours d’apprentissage traditionnel mais élaborent tout au long de l’année scolaire plusieurs projets en collaboration avec des « consultants » créolophones. La classe négocie les tâches communes à accomplir pour mener à bien les projets et sélectionne les outils linguistiques et technologiques appropriés. Dans ce contexte, les échanges internationaux et les vidéoconférences s’avèrent des outils privilégiés parce qu’ils constituent des sources d’activités variées, authentiques, motivantes qui encouragent la collaboration et dont les critères peuvent être clairement identifiables. L’expérience a ainsi permis de mettre en évidence quelques éléments qui permettront d’alimenter la discussion

 

« Modernité et tradition, technologie et lecture: clips audio/vidéo, Blackboard et internet »,  Rose Marie KUHN

 

Cette intervention se propose de discuter du rôle que l’audio-visuel, l’internet et une plate-forme électronique protégée telle que Blackboard ou WebCT peuvent jouer dans l’enseignement d’un texte littéraire. Comment trouver des clips audio et vidéo sur l’internet, comment les manipuler afin de pouvoir les mettre à la disposition de l’étudiant via Blackboard? Comment transformer le simple environnement virtuel de Blackboard, qui vise surtout à faciliter la communication entre étudiants et professeurs et à la dissémination de documents électroniques, en un véritable espace intellectuel qui soit favorable à l’analyse approfondie d’un texte littéraire et qui facilite également le passage de la lecture à la réflexion analytique, voire à l’écriture critique.

 

« Modernité et tradition, technologie et analyse de texte: encodage électronique avec XML des Mémoires de la comtesse de L… », Nicole VAGET

 

Présentation d’un texte inédit et des méthodes d’analyse utilisées par les étudiants d’un cours de littérature et culture du XVIIIe siècle: recherche de thèmes, identifications, notes culturelles, illustrations. Cette intervention se propose de montrer que cette méthode permet une approche systématique du texte et en garantit la lecture approfondie.

 

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mardi 3 juillet 2007

9h00-10h30

 

Session I. Littérature(s) (francophones)  et politique

Président : Mohamed AIT-AARAB

 

 

 « Claude Cahun contre le marquage», Dominique BOURQUE

 

Claude Cahun, pseudonyme de Lucy Schwob, était « profondément attachée à la liberté individuelle, allergique au classement et à l’assimilation » (Agnès Lhermitte). Dans cette communication, je montrerai comment s’articule, dans l’œuvre de cet auteur, ce profond attachement d’une « femme », « juive » et « homosexuelle », qui a vécu à une époque (1894-1954) où ces catégories sociales, parmi d’autres, marquaient l’individu comme « autre », c’est-à-dire non pleinement représentatif de la condition humaine. Plus spécifiquement, j’aborderai les procédés littéraires et linguistiques qu’emploie Claude Cahun pour se distancier ou éviter le marquage de sexe, soit son usage de pseudonymes ambigus (Claude, M., L.S.M.), le caractère inclassable de ses textes (hybrides, intertextuels, anti-biographiques, etc.), ainsi que ses détournements du sexe social et du genre grammatical par l’utilisation de formes génériques (usage du pronom « on », de l’infinitif et d’expressions impersonnelles, etc.). J’ai proposé le terme de « dé-marquage» pour nommer les stratégies faisant ressortir la dimension politique du phénomène de la catégorisation des êtres humains sur une base ou une autre (sexe, classe, religion, etc.). Car en bout de ligne, on le sait, le marquage des femmes, des homosexuels, des personnes de couleur, etc. comme êtres « spécifiques », « différents », justifie la concentration des pouvoirs et privilèges entre les mains des « mêmes ».

 

« Ramsès Younane: chroniqueur copte francophone, peintre et rebelle au carrefour de courants idéologiques», Thérèse MICHEL-MANSOUR

 

Ramsès Younane (1913-1966) penseur et peintre copte francophone est né en Haute Égypte de la classe  moyenne. Éduqué en arabe, lecteur avide et autodidacte en langue française, Younane se déclare rebelle à toute idée préconçue dès le début de sa formation à l'École des Beaux Arts (1933). Dans sa vie se rencontrent trois des plus important courants de l'art et de la pensée de l'Europe du vingtième siècle soit: le surréalisme, l'existentialisme et l'absurde.  Ses peintures reflètent chacun de ces mouvements dans les couleurs, les lignes et le sujet du tableau.  Cependant, le plus grand mérite de Younane se révèle dans sa capacité d'attirer le peuple à s'engager dans la vie sociopolitique de l'époque à travers ses expositions en Égypte comme à l'étranger, de révolutionner les idéologies dominantes de l'époque notamment le classicisme et le traditionnel dans ses publications, mais surtout, de mobiliser les jeunes peintres et la jeunesse égyptiens marqués par des préoccupations à la fois politiques, artistiques et intellectuelles de l'époque.

 

 

« Mongo Béti et ‘le tragique de l’écriture engagée’ »,  Mohamed AÏT-AARAB

 

Dès « L’Enfant noir » et « Afrique noire, littérature rose », deux articles publiés en 1954 et 1955 dans la revue Présence africaine, Alexandre Biyidi / Mongo Béti appelait de ses vœux l’émergence d’une littérature qui dise clairement -appeler un chat un chat, disait Sartre- les réalités du continent africain et dénonce sans hésitation aucune le pouvoir colonial et ses affidés. Or, une « pure » littérature engagée est-elle possible ? Ne confond-on pas trop souvent engagement de l’intellectuel et engagement de l’œuvre ? L’existence, aux côtés de la production romanesque d’une abondante « prose latérale » (Luc Vigier) ne révèle-t-elle pas, sinon les limites, du moins la difficulté d’un tel positionnement littéraire et idéologique ? Telles sont quelques-unes des questions qui guideront notre double exploration des écrits fictionnels de Mongo Béti et de ses textes « théoriques ».

 

Session II.  Histoire et culture guyanaises

Président : Mark ANDREWS

 

« Cayenne et l'Atlantique francais », Bill MARSHALL

S’inspirant en partie du travail de Paul Gilroy (The Black Atlantic: Modernity and Double Consciousness, 1993), cette communication vise à souligner l’importance d’une optique « atlantique» d’ensemble dans l’analyse du fait français aux Amériques, dans laquelle les expériences canadiennes, louisianaises, antillaises etc. trouvent leur place dans toute une série de passages et d’interactions. Ces exemples d’hybridité culturelle française vont dans le sens d’une francité décentrée, « mineure » dans le sens deleuzien, et qui va à contre-courant des orthodoxies et des nostalgies de certains discours officiels et hexagonaux qui évoquent plutôt une francité « majeure » perdue ou menacée. Cette communication parlera donc de la spécificité de Cayenne et de la Guyane à l’intérieur de l’espace atlantique, en ce qui concerne par exemple les pratiques esclavagistes et le système pénitentiaire; l’organisation de l’espace urbain colonial et de son imaginaire; les tensions impliquées dans la notion de frontière vis-à-vis du continent sud-américain; les réseaux peu connus reliant cet espace au Canada;  les discours (ici « périphériques ») sur la diversité, le métissage et l’écologie qui risquent de perturber certaines orthodoxies du « centre » métropolitain. La communication s’appuiera sur certains textes littéraires (Serge Patient, romans policiers), ainsi que sur le film Cayenne Palace (Alain Maline, 1987).

 

« Lectures transversales de Bertène Juminer : Histoire, identité et conscience guyanaise », Rodrigo OLIVENCIA

 

Intellectuel engagé, écrivain de la résistance face à l’assimilation culturelle, Bertène Juminer (1927-2003) constitue une référence littéraire incontournable dans l’espace littéraire antillo-guyanais. Cette communication se propose de revenir sur son premier roman Les Bâtards (1961) et d’effectuer des lectures transversales autour de trois axes thématiques : démystification, histoire et identité.  Nous analyserons ensuite comment la quête identitaire et la volonté de récupération de la mémoire collective deviennent chez Juminer conscience des profondeurs et conscience des horizons.

 

« La Guyane est-elle maudite ? Analyse des origines du mythe et de ses conséquences », Isabelle HIDAIR

 

À chaque période historique, les dirigeants français ont été confrontés à la question du sous-peuplement persistant de la Guyane. Leurs tentatives pour remédier à cette situation se sont souvent soldées par des échecs ou des scandales – tels l’expédition de Kourou et ses milliers de morts ou encore le bagne. Ainsi, s’est perpétué jusqu’à très récemment le besoin de chercher des immigrants susceptibles de peupler le pays. Nous verrons apparaître que ces différentes vagues de peuplement ont eu pour conséquences le renforcement de l’idée que le développement de la Guyane ne pouvait se faire que grâce à l’arrivée de nouveaux migrants. Cependant, parallèlement l’image du pays a toujours été négative. D’« enfer vert indomptable », elle est passée à « terre de bagne » pour aujourd’hui devenir « la plaque tournante de la délinquance ». Quelle est l’origine de ces clichés ? À quoi servent-ils ? Qu’en est-il exactement ?

« Parade et pouvoir: la mise en scène du langage dans Le Nègre du Gouverneur », Mark ANDREWS

Ouvrage qui se désigne comme une chronique coloniale, Le Nègre du Gouverneur de Serge Patient revêt la forme classique d’un roman d’initiation, et présente une narration à la troisième personne centrée sur un personnage central. Rien de plus trompeur que cet éclairage de théâtre, qui se révélera aussi anachronique sur le plan formel que le protagoniste D’Chimbo lui-même sur le plan historique. Celui-ci, afin d’échapper à sa condition d’esclave, cherche son émancipation par la maîtrise de la langue française. En refusant les deux alternatives du marronnage et de l’asservissement, il deviendrait lui-même un être de spectacle, « le théâtre de son propre drame » selon Biringanine Ndagano dans l’avant-propos de l’œuvre. Je me propose d’approfondir la relation spéculaire qu’entretient le protagoniste avec le langage, et d’examiner la façon dont Patient manie le jeu de la représentation afin de mener à bien une dénonciation cinglante de la politique de l’assimilation et d’ouvrir en même temps une interrogation sur l’identité guyanaise contemporaine. Celle-ci demeure élusive dans la chronique de Patient. Elle se fonde d’une part sur une réinvention historique qui transpose les époques, et de l’autre sur les sables d’un langage dont les mouvances servent à déjouer l’attente du protagoniste. En guise de conclusion, j’entreprendrai de replacer la chronique dans l’intertexte de la légende de D’Chimbo pour explorer à quel point l’imaginaire biographique du personnage tissé par Patient reste fidèle aux versions précédentes tout en visant une orientation plus ouvertement politique et moins axée sur une notion folklorique du « brigand ».

 

10h45-12h15

Session I. Histoire occultée/mémoire préservée. Ecrire pour garder la mémoire collective

Présidente : Mimi MORTIMER

« Marie Chauvet: politique et représentation de la mémoire », Elisabeth MUDIMBE-BOYI

Marie Chauvet est devenue une figure marquante dans l’histoire des lettres haïtiennes surtout à cause de sa fameuse trilogie Amour, colère et folie qui a ainsi occulté ses autres œuvre s. Ma communication se veut en quelque sorte un « devoir de mémoire » en se focalisant sur une œuvre  de Marie Chauvet longtemps négligée par la critique: La Danse sur le volcan. Je  considère ce roman comme une œuvre  doublement fondatrice: d’abord d’une mémoire de la révolution haïtienne; ensuite d’un courant romanesque qui fait de la littérature un site mémoriel autant qu’un lieu d’écriture de l’histoire. Ce courant met au premier plan des figures de femmes engagées dans la révolte ou la résistance (politique et psychologique), mais oubliées dans l’histoire officielle de la Caraïbe.  Dans ma communication, je cherche à montrer d’abord que la forte visualisation utilisée comme technique privilégiée dans La Danse sur le volcan, combinée avec l’utilisation du théâtre (espace et représentation) comme lieu d’expression de son personnage et de ses émotions, constitue un mouvement inverse du refoulé ou du réprimé. D’autre part, la scène théâtrale accomplit pour le personnage la représentation à un niveau esthétique visible et de visibilité, en même temps qu’à un niveau politique invisible et d’invisibilité. Cette technique s’exerce comme ce que j’appellerai une ambiguïté stratégique qui a fonction de ruse (metis en grec) et de stratagème politique de subversion. 

 

« Arbres et racines : des généalogies communautaires chez Hélène Cixous et Edmond Amran  El Maleh»,  Mary VOGL

Dans les écrits autobiographiques d'Hélène Cixous et d’Edmond Amran El Maleh, la lutte contre l’oubli de l'héritage judéo-maghrébine se forme autour des symboles des arbres et des racines.  Ces écrivains se servent des métaphores de l’enracinement et du déracinement, de l’arbre généalogique et de l'arbre de vie.  L'écriture est évoquée par les feuilles ; les aïeuls gardent les lettres familiales dans un coffret de bois de thuya, etc. Mais si les racines s’enfoncent dans la terre des ancêtres, l’embranchement s’oriente vers des appartenances multiples.  Les efforts de ces auteurs de raconter leurs propres souvenirs familiaux ressuscitent la mémoire collective de tout un peuple.  Ils interrogent les représentations qui se sont constituées autour de cette histoire occultée dans les annales officielles.

 

 

« Kourouma et Mabanckou : in scriptura veritas (la vérité dans l’écriture) », Biringanine NDAGANO

« La vérité est dans le vin », disaient les Romains. Mais que devient cette vérité une fois le verre cassé? Pour Mabanckou, elle est dans un vieux cahier... La présente communication vise à comparer quelques romans de Kourouma (dont Les Soleils des indépendances et Allah n'est pas obligé) à ceux de Mabanckou, à analyser ce qui fonde leur « africanité » et leur modernité, à rapprocher ces écrivains des « nouveaux romanciers français » en ce qu'ils ont en commun, à savoir l'écriture comme expérience des limites.

 

 

 « L'histoire occultée, la mémoire préservée; Leïla Sebbar, La Seine était rouge », Mimi MORTIMER

Le 17 octobre 1961 à Paris des Algériens manifestent contre l'instauration du couvre-feu. La police du préfet de Paris réagit violemment: arrestations, matraquages, meurtres. Depuis, silence sur cette violence. Conçu comme une mémoire collective, le texte de Sebbar reconstruit cet événement occulté mais jamais oublié, ni par les victimes, ni par les témoins. Bien que plusieurs personnages du récit insistent sur la difficulté de dire la vérité sur le massacre et l'impossibilité de faire confiance à la mémoire, le texte de Sebbar souligne l'importance de la ré-écriture de l'histoire algérienne pour les enfants de ceux qui ont vécu la guerre.

 

Session II.  Île rêvée et île mystique chez Ananda Devi

Présidente : Bénédicte MAUGUIÈRE

« De la terre à la terre, du berceau à la tombe : l’île d’Ananda Devi », Eileen LOHKA

Cette communication se propose de démontrer la relation étroite entre l’écriture d’Ananda Devi et son île natale. Bien qu’elle vive en Europe depuis de nombreuses années, Ananda Devi ancre invariablement ses romans dans le terroir mauricien, des bas-fonds des villes aux fanges des marécages, à l’océan balayé par vents et cyclones, à la langue créole de ses personnages. Le terroir lui-même en vient à devenir un personnage, un terroir multiple comme ses habitants, en proie à l’affrontement, au déchirement, au mal de vivre.  Ainsi se crée une interaction étroite entre l’écosystème et le paysage intérieur des personnages, une résonance entre l’homme et la nature, et qui établit l’identité de l’un comme de l’autre. Cette identité est assise, d’une part, sur la projection dans l’espace romanesque et, d’autre part, sur les figures par excellence de l’altérité : le marginal, le fou, la prostituée, le damné. En se penchant sur les entrailles même de son île, Ananda Devi en fait naître ses personnages qui y retournent, dans une symbiose éternelle. D’où la dimension mystique de cette terre-mère-matricide dont les pouvoirs, souvent maléfiques, se rapprochent de ceux des mythes.  Les voix se devinent dans le vent, dans les vagues, voix d’île, voix de femmes, pour atteindre le cosmique.

« Coolitude et poétique de l’île dans Ensoleillé Vif  d’Edouard J. Maunick et Pagli d’Ananda Devi »,  Nadège DUFORT

 

Je me propose de montrer comment Edouard J. Maunick et Ananda Devi utilisent la figure symbolique de l’île pour redéfinir le concept d’identité métisse. Ensoleillé Vif (1976) et Pagli (2001) sont deux œuvres-clefs dans lesquelles les deux écrivains font éclater les stratifications du métissage traditionnel et le carcan des tabous et préjugés sociaux et ethniques afin qu’émergent une identité à l’image de la société mauricienne actuelle. Edouard J. Maunick et Ananda Devi choisissent de donner la parole aux subalternes de l’île et leur discours s’inscrit dans le concept de « coolitude » développé par Khal Torabully. La « coolitude » repose sur une double articulation : donner une voix au personnage indien souvent mis sous silence ou travesti sous couvert d’exotisme, et aussi tendre vers un rapprochement entre communautés (Bragard 166). Avec Edouard J. Maunick, l’île devient la matrice d’une nouvelle identité métisse qui abolit le premier manège de la mer et établit un pont entre les mémoires antillaises et mauriciennes. Avec Ananda Devi, l’île devient le nouveau « cri-de-cale » de ceux qui pensent à contre-courant, les « subalternes » par rapport aux normes imposées par la société aux hiérarchies et conceptions figées. Ensoleillé Vif et Pagli, textes aux configurations métaphoriques, redéfinissent sur l’espace océanique du papier blanc, un deuxième manège de la mer ancré dans le dialogue trans-océanique des cultures.

 

 

« Stratégies d’évasion chez Ananda Devi et Nina Bouraoui », Fouzilla SAADY

Les romans de Nina Bouraoui, La voyeuse interdite (1991), Garçon manqué (2000) et les romans d’Ananda Devi, Pagli (2001 ), Moi, L’interdite (2000), et Eve de ses décombres (2006) dans une prose poétique, proposent un discours subversif : homme-femme, « être soi, être un autre » dans la matrice enfermement-délire.  L’ambivalence et la dualité intérieure des personnages d’Ananda Devi et de Nina Bouraoui se caractérise ainsi par une grande complexité psychologique en particulier chez des personnages féminins ou masculins qui doivent développer des identités multiples pour avoir l’illusion de vivre leur propre vie. Nous verrons comment pour échapper à l’enfermement, les narratrices créent diverses stratégies d’évasion par l’intermédiaire de rêves et des formes hallucinatoires.  L’image de soi et/ou l’image de l’Autre sont des éléments toujours présents dans les sociétés dans lesquelles la quête de soi est toujours d’actualité. Ce thème peut prendre plusieurs formes en littérature: la narration, la représentation féminine/ masculine, la symbolique des objets et du corps. Nous voulons montrer que si le rapport à l’Autre est une thématique essentielle dans la littérature beure ou maghrébine de langue française et la littérature de l’Océan indien, celle-ci passe invariablement par la symbolique du corps. La représentation multiple du  corps déchiré  peut s’épanouir ou non en corps-sujet ou corps-existant. Une approche symbolique  et sociocritique nous semble la mieux appropriée pour montrer comment la symbolique du corps est constitutive d’une quête identitaire et du corps social. 

 

Session III.  L’Ecriture francophone du voyage

Présidente : Claire KEITH

 

« Portraits de femmes de l’océan Indien dans quelques récits de voyage »,  Norbert DODILLE

 

L’océan Indien constitue un espace de voyages, d’échanges, de migrations d’une grande diversité. La route des Indes permettait au voyageur, parfois dans une même expédition, de rencontrer, ou simplement d’apercevoir, des Hottentotes comme des femmes du royaume de Siam ou des créoles de Bourbon. Si les femmes n’occupent généralement pas une place centrale dans les récits de voyageurs, il est intéressant de confronter, à travers des personnalités diverses (aventuriers, écrivains, journalistes, scientifiques, militaires…) et à travers les siècles (du XVIIe au XXe siècle, de François Leguat à Henri de Monfreid et Roger Vaillant, en passant par Auguste Billiard ou Pavie) les constantes comme les divergences des regards. Les femmes de l’océan Indien se révèlent ainsi d’une très grande diversité de mœurs, d’aspect physique, de conditions, et la manière dont elles sont perçues sert souvent de prisme révélateur d’une certaine forme de « contact de cultures ».

 

« L’Orient Express: ‘Fabuleux  Palace Ambulant’ », Tanju INAL

 

A la suite de sa mise en service jusqu'à Istanbul, le très célèbre « Orient Express »,  a suscité chez nombreux auteurs un intérêt pour l’orient et plus particulièrement pour Istanbul. Très vite, ce « palace ambulant » devint même un des éléments primordial des récits de voyage. Le voyage vers l’Orient à bord de ce train devint même un plaisir coloré d’aventures agréables et périlleuses pour les voyageurs de nationalités et de classes sociales très variées. Si bien que des hommes politiques, diplomates, artistes, courriers d’Ambassades, brasseurs d’affaires, voire même des espions voyagèrent à bord de ce train historique. Par ailleurs, L’Orient Express servait de petites passerelles reliant la culture européenne et la culture des pays qu’il parcourait. Les voyages fabuleux de ce train, remplis de péril et d’émotion à travers l’Europe de l’Ouest, les pays du Balkan et la Turquie, destination finale, ont  inspiré plusieurs écrivains. Dans ce contexte, « De Pontoise à Stamboul » d’Edmond About, « Le Crime de l’Orient Express » d’Agatha Christie, « Orient Express » de Graham Green seront évoqués. Par ailleurs, le rôle que le train a joué dans les relations politiques, artistiques et sociales entre les pays se situant sur son parcours sera abordé dans notre communication.  

 

 

« Nicolas Bouvier : grand-prêtre d’un certain voyage », Claire KEITH    

 

Dans le renouveau du voyage et de son écriture depuis les années soixante-dix,  un ouvrage plus que tout autre a gagné un statut mythique et fait de son auteur le grand-prêtre d’une certaine notion du voyage parmi les lecteurs francophones.  L’Usage du monde,  récit d’un long périple oriental entre 1953 et 1957 par l’écrivain suisse Nicolas Bouvier, est l’objet d’un culte qui demande réflexion car il semble bien lié à une spécificité linguistique et culturelle qui n’a pas de contrepartie exacte dans le renouveau parallèle du récit de voyage anglophone.  Notre présentation tentera de cerner les prémisses culturelles de cette image du voyageur à laquelle toute une jeune génération francophone semble vouloir s’identifier.  Nous replacerons dans un courant intellectuel et historique l’effort très conscient de l’ouvrage d’attacher au voyage et à son interprétation une obligation esthétique, philosophique, morale, parfois politique, en bref, un devoir d’élégance et de transcendance que l’usage de la langue française semble sous-entendre.  Finalement, nous réfléchirons à l’avenir de ce modèle du voyage face aux brassages de la mondialisation .

 

14h15-15h45

 

Session I.  Littérature(s) (francophones)  et politique I

Président : Robert MORTIMER

 

« De la mémoire gén&ea